Huile de palme : de la friture sur la ligne entre la Ministre de la Santé et le Conseil Supérieur de la Santé ?

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Ce mardi 17 décembre, le Sénateur MR Jacques Brotchi interrogeait la Ministre de la Santé au sujet de la recommandation du Conseil Supérieur de la Santé visant à limiter la consommation d'aliments contenant de l'huile de palme.

Jacques Brotchi rappelle que grâce à son faible coût de production, l'huile de palme s’est progressivement imposée dans le secteur agroalimentaire, à tel point qu’elle représente aujourd'hui 25 % du marché mondial des huiles végétales et qu’elle intervient dans la composition de 80% des produits alimentaires courants.

Cette situation n’est pas saine, précise le Sénateur MR. L’huile de palme est d’ailleurs au coeur des préoccupations de santé publique à l'échelle mondiale. Pourquoi ? Parce que cette huile diffère des autres huiles végétales de par sa forte teneur (plus de 40%) en acides gras saturés athérogènes. De ce fait, sa consommation n’est pas dénuée de d’effets néfastes sur la santé, à commencer par le l’augmentation des risques d'accidents cardiovasculaires.

Le 25 mars 2010, l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments a publié un avis scientifique concernant les quantités recommandées de graisses dans lequel elle recommande de limiter autant que possible la consommation d'acides gras trans.

Chez nous, le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) recommande une consommation d'acides gras athérogènes limitée et préconise une diminution de la consommation d'huile de palme qui contient plus de 40% de ces acides gras nocifs (ainsi qu'une diminution de la consommation de matières grasses laitières).

Le CSS a également attiré l'attention sur la nécessité d'une meilleure information des consommateurs. Les gens consomment trop souvent de l'huile de palme à leur insu étant donné que l'huile de palme est généralement mentionnée comme « huile végétale », sans spécifier son origine. Heureusement, une modification de la législation européenne obligera les marques à mentionner la source des huiles à l'étiquetage des produits à partir de décembre 2014.

Toujours est-il que pour Jacques Brotchi, l’impact sur la santé publique d'une consommation élevée d'huile de palme par la population, mais aussi le coût éventuel porté par notre sécurité sociale sont des enjeux bien réels dont il est possible et nécessaire de tenir compte via des mesures plus spécifiques. Ainsi, limiter la teneur des aliments en acides gras trans industriels et en huile de palme aurait indubitablement un impact positif sur la réduction du risque de maladies cardiovasculaires.

Jacques Brotchi évoque à titre d’exemples l’approche d'autres pays par rapport à ce problème de santé publique. Le Canada a adopté une résolution interdisant la présence de plus de 2% d'acides gras trans. Le Danemark a adopté en 2003 un décret-loi prévoyant que la teneur en acides gras trans des huiles et des graisses assujetties au décret-loi ne puisse pas excéder 2 grammes par 100 grammes d'huile.

En Belgique, Jacques Brotchi rappelle qu’il est l’auteur, avec la Sénatrice Dominique Tilmans, d’une proposition visant à limiter la proportion maximale de teneur en acides gras trans et en huile de palme. Il rappelle aussi qu’une proposition de résolution a également été déposée au Parlement de la Communauté française Wallonie-Bruxelles, où elle a été très bien accueillie et soutenue, y compris par le parti de Madame Onkelinx.

Mais qu’en est-il de l’approche de la Ministre de la Santé Publique ? Jacques Brotchi aurait souhaité en savoir plus sur les mesures envisagées par la Ministre et plus spécifiquement quant à une éventuelle intention de légiférer dans le but de limiter la teneur des aliments en acides gras trans d'origine industrielle.

Le Sénateur MR ne cache pas sa déception. La réponse de la Ministre fut brève. Madame Onkelinx a notamment répondu qu'il ressort de l'analyse du CSS que le problème ne vient pas de l'huile de palme en tant que telle mais du pourcentage d'acides gras que contiennent les aliments.

Pour la Ministre, il ne s'agit donc pas seulement du problème de l'huile de palme mais aussi de celui du beurre ou de la crème fraîche.

Donc, si je suis bien la Ministre, précise Jacques Brotchi, l'huile de palme n'est pas plus mauvaise que le beurre ou la crème fraîche. Pour ce qui est de l’huile de palme, elle se retranche derrière la future réglementation européenne en matière d’étiquetage. Cela ressemble à une porte de sortie et je suis déçu, conclut Jacques Brotchi. J’espérais un rebondissement mais je constate que la Ministre s’inquiète peu des effets de l’huile de palme. Elle les range parmi tous les acides gras et fait de leur consommation un problème général de consommation des graisses. Or, le problème de l’huile de palme est un problème à part qui doit être abordé spécifiquement.

Je constate qu’un certain nombre de pays ont pris des mesures pour limiter la concentration d’huile de palme dans les aliments de tous les jours. Pourquoi pas nous ?
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