(Vidéo) Proposition de résolution visant à reconnaître la responsabilité de l’Etat belge dans la persécution des Juifs en Belgique pendant la Deuxième Guerre mondiale



Discours prononcé par le sénateur Jacques Brotchi au nom du groupe MR le 24-01-2013

Madame la Présidente, Chers Collègues,

Le groupe MR et moi-même sommes heureux aujourd’hui de pouvoir voter cette proposition qui reconnait la responsabilité de l’Etat belge dans la persécution des juifs en Belgique durant la Deuxième Guerre mondiale. Cette proposition fait suite à l’excellent travail d’Histoire du CEGES.

En effet, ce rapport de 1.100 pages est d’un intérêt capital pour le devoir de mémoire que nous devons, nous, Belges avoir par rapport à la Shoah en Belgique. C’est un travail très complet qui a nécessité une recherche et une écriture de plus de 2 ans et dont les conclusions démontrent que les autorités belges se sont montrées conciliantes, vis-à-vis de l'occupant nazi à l'encontre de la population juive.

Mon groupe et moi-même sommes donc particulièrement ravis d’avoir pu y donner suite et de voter aujourd’hui ce texte qui est le fruit d’un travail minutieux et équilibré.

La présente proposition reconnait solennellement que l’Etat belge a mené avec l'occupant allemand dans des domaines cruciaux une collaboration indigne d'une démocratie avec des conséquences dramatiques pour la population juive (belge comme étrangère);

Permettez-moi de revenir brièvement sur trois points essentiels du rapport du CEGES. Trois volets oubliés ou méconnus de l’Histoire qui en font toute sa richesse et sa force: la collaboration des autorités belges, le secours apporté aux Juifs par certains Belges et le devoir de mémoire.

Le premier volet nous révélait que les ordonnances du 28 octobre 1940 décidaient qui était juif et qui ne l'était pas. C’est ainsi que la ségrégation raciale a été introduite. Je possède un extrait datant du 17 novembre 1941 du registre des Juifs où figure le nom de mon père, preuve de la docilité des autorités concernées. Ensuite, les Juifs ont été évincés de toutes les fonctions publiques. Les ordonnances constituaient une violation fondamentale de l’ordre constitutionnel et légal belge. Ce n'est pas un détail car de telles initiatives refont surface aujourd'hui. Ainsi, en Hongrie, le leader du groupe parlementaire du parti d'extrême-droite, troisième force politique du pays, a demandé au gouvernement hongrois de dresser une liste, un registre des Juifs qui présentent un risque pour la sécurité nationale ! Il est clair qu’en novembre 1940, les autorités belges ne souhaitent pas compromettre leur collaboration administrative avec l’occupant en adoptant une attitude de principe par rapport à la problématique juive. Selon les estimations, seuls 5 % des Juifs en Belgique possédaient la nationalité belge. La décision de donner finalement suite à la demande de l’occupant peut difficilement être interprétée autrement que comme un choix délibéré, dicté par le fait qu’il est essentiellement question en l’espèce d’étrangers.

Dans les années '40, il y avait de la part de nos dirigeants, la conviction d'une victoire allemande probable. Un revirement eut lieu durant l’année 1942, avec un refus de certaines autorités de collaborer (c’est le 2e volet du rapport). En effet, ce n’est que lors de l’introduction du travail obligatoire en Allemagne en octobre 1942, que l’on assiste à un revirement dans l’administration centrale. Il s’agit pourtant – et cela ne peut être suffisamment souligné – de réactions extrêmes locales dans un système belge global de collaboration administrative maximale instauré en novembre 1940. Ce revirement local constitue le deuxième volet important du rapport. J’ajoute que certains bourgmestres ont fait preuve d’un courage exemplaire, comme de nombreuses familles belges qui ont cachés des enfants juifs, des adultes, voire des adultes avec leur enfant comme ce fut le cas pour moi qui ai eu cette chance d’échapper ainsi à la déportation, aux camps d’extermination et à la mort.

Après la libération (c’est le 3e volet) n’apparaît aucune reconnaissance de l’importance et de la spécificité du judéocide. L’autorité administrative et la justice militaire jugent également que l’État belge ne porte aucune responsabilité dans la persécution des Juifs en Belgique. C’est le troisième et dernier moment-clé de ce Rapport final. Cette constatation est importante, car la Belgique a estimé ne pas porter de responsabilité ou de coresponsabilité dans le judéocide. Le rapport du CEGES nous a donc apporté de nouvelles connaissances et nous a également éclairés quant à ces moments cruels de l’Histoire.

Par ailleurs et pour revenir au présent, nous assistons dans toute l’Europe à une recrudescence d’actes antisémites, qu’ils se traduisent par des déclarations, des publications, des agressions physiques, des profanations de cimetières ou de monuments à la mémoire des Juifs. La Belgique n’est pas épargnée par cette résurgence de la haine.

Face à cette situation, nous devons enseigner aux nouvelles générations l’histoire non d’une communauté, mais celle de l’Humanité, dans ce qu’elle a de plus terrible. C’est pour cela que l’histoire de la Shoah doit être transmise à tous afin que le fil ne se rompe jamais. Cet enseignement doit transmettre le respect des autres cultures, des autres religions, pour mieux se comprendre. Il faut favoriser le mieux vivre ensemble dans notre pays, pour assurer le respect de l’identité de l’autre.
Mon groupe et moi-même estimons donc – tel que demandé dans la présente proposition - que l'enseignement de la Shoah est un important antidote au fanatisme et aux idées d'extrême droite et nous déposerons dans les prochains jours une proposition de résolution à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Je tiens également à souligner que ce vote est particulièrement à propos puisque ce dimanche aura lieu la 68ème commémoration de la libération par les Forces Alliées des camps où des millions d'êtres humains furent exterminés par les nazis en raison de leur origine ethnique, leur croyance religieuse, leurs idées ou leurs engagements politiques.

Madame la Présidente, chers collègues, nous vivons un moment historique et je suis ému et heureux de le partager avec vous.

Je vous remercie.

Jacques Brotchi

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Vote de la proposition de résolution reconnaissant la responsabilité de l’Etat belge dans la persécution des Juifs en Belgique pendant la Deuxième Guerre mondiale



Ce 24 janvier, en commission des Affaires institutionnelles, les Sénateurs ont voté à l’unanimité la proposition de résolution de Philippe Mahoux et de Jacques Brotchi reconnaissant la responsabilité de l’Etat belge dans la persécution des Juifs en Belgique pendant la Deuxième Guerre mondiale. Cette proposition fait suite à l’excellent travail d’Histoire du Centre d'Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines (CEGES), mené à la demande du Sénat sur base d’une résolution proposée en 20202 par Ph Mahoux et A Destexhe.

En effet, ce rapport de 1.100 pages est d’un intérêt capital pour le devoir de mémoire que les Belges doivent avoir par rapport à la Shoah en Belgique. C’est un travail très complet qui a nécessité une recherche et une écriture de plus de 2 ans et dont les conclusions démontrent que l’Etat belge s’est montré conciliant vis-à-vis de l'occupant nazi à l'encontre de la population juive.

Via la présente proposition, le Sénat reconnait solennellement que l’Etat belge a mené avec l'occupant allemand dans des domaines cruciaux une collaboration indigne d'une démocratie avec des conséquences dramatiques pour la population juive (belge comme étrangère).

Ce vote est particulièrement à propos puisque ce dimanche aura lieu la 68ème commémoration de la libération par les Forces Alliées des camps où des millions d'êtres humains furent exterminés par les nazis en raison de leur origine ethnique, leur croyance religieuse, leurs idées ou leurs engagements politiques. Libéré par les Soviétiques le 27 janvier 1945, Auschwitz-Birkenau fut le plus important de ces camps d'extermination nazis et désigne désormais par symbole la Shoah. Auschwitz est quasiment érigé en concept, celui du mal absolu, celui que l’homme est capable de faire aux autres hommes.

Par ailleurs, « à l’heure actuelle, nous assistons dans toute l’Europe à une recrudescence d’actes antisémites : qu’ils se traduisent par des déclarations, des publications, des agressions physiques des profanations de cimetières ou de monuments à la mémoire des Juifs. Et la Belgique n’est pas épargnée par cette résurgence de la haine. » déclare le Sénateur Jacques Brotchi.

« Face à cette situation, nous devons enseigner aux nouvelles générations l’histoire non d’une communauté, mais celle de l’Humanité, dans ce qu’elle a de plus terrible. C’est pour cela que l’histoire de la Shoah doit être transmise à tous afin que le fil ne se rompe jamais. Cet enseignement doit transmettre le respect des autres cultures, des autres religions, pour mieux se comprendre. Il faut favoriser le mieux vivre ensemble dans notre pays, pour assurer le respect de l’identité de l’autre. » conclut Philippe Mahoux.

Les Sénateurs Philippe Mahoux et Jacques Brotchi se félicitent donc que ce texte ait été voté à l’unanimité tant du côté francophone que du côté néerlandophone, que ce soit par la majorité et par l’opposition.

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La mort et ses causes en débat au Sénat

Le Parlement va prochainement examiner une proposition de loi dont je suis l'auteur et qui vise à renforcer l’examen des morts «anormales».

La Belgique accuse un retard important en ce qui concerne l'examen des décès, tant par rapport à de nombreux autres États d'Europe occidentale que vis-à-vis des États-Unis, par exemple. Quelques exemples de taux d'autopsie dans ces pays : 8 % en Allemagne, 12 % aux États-Unis, 19 % en Suisse, 24 % en Angleterre et même plus de 30% dans les pays scandinaves.

A contrario, en Belgique, seule une infime minorité des décès font l'objet d'un examen par un médecin légiste qualifié ou un anatomopathologiste.

Il n'y a pas de statistiques officielles mais, selon certaines estimations, on ne pratique l'autopsie que dans 1 ou 2 % des décès, ce qui contraste profondément avec ce qui est nécessaire à une amélioration de qualité, soit une autopsie dans +/- 10 % des cas.
Le retard constaté en Belgique dans cette matière est dû aussi en partie au fait qu'il n'y a pratiquement pas de législation en la matière. Et, lorsque législation il y a, force est de constater qu'elle est tout à fait obsolète et même parfois qu'elle ne concerne qu'indirectement la matière en question.

Tout cela entraîne une baisse de qualité de la médecine légale. L'information est dès lors trop rare et parfois même erronée, et il y a en tout cas des erreurs d'appréciation que l'on pourrait éviter.

Une adaptation de la législation en vigueur s'impose donc. Les effets positifs des efforts nécessaires ne bénéficieront pas seulement à un secteur social déterminé. Ils bénéficieront à plusieurs secteurs : les soins de santé (décès iatrogènes, politique des soins de santé, accidents du travail, etc.), la Justice (décès suspects), l’Economie (secteur des assurances), les personnes (et leur approche du processus de deuil).

La proposition de loi que j'ai déposée se penche sur tous ces aspects et vise à combler les lacunes de notre législation par l’adaptation des textes légaux dépassés et l’introduction de nouvelles notions (décès anormaux >< décès normaux), rôle du médecin examinateur et sa formation, rôle des instituts de médecine légale, etc.

La Commission réunie des Affaires sociales et de la Justice a inscrit cette proposition à son agenda. Prochainement, la commission entreprendra des auditions de spécialistes afin de renforcer l’étude de la mort dans un double but : améliorer les politiques de santé publique et élucider, sur un plan judiciaire, un plus grand nombre de décès résultant non pas d’une mort naturelle mais en réalité d’un crime.

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Jacques Brotchi, retour sur un parcours hors du commun (article Journal du Médecin 11/01/2013)

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Le Journal du Médecin me consacre une longue interview dans sa dernière édition. L'occasion de revenir sur l’annonce de l’arrêt de mes activités de neurochirurgien et d'aborder la suite de mon parcours politique, entamé il y a près de 10 ans déjà. C'est un article que je vous invite à lire/télécharger ici.
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